Cela fait maintenant plusieurs années que
Clear Channel a fait de la Belgique son laboratoire
européen. Et tout s’est passé comme sur des
roulettes. Après s’être basés, comme
partout ailleurs, sur l’affichage publicitaire, nos amis
texans se sont attaqués à partir de 2001, sans coup
férir, à la scène pop-rock
d’outre-Quiévrain.
Plutôt que de créer ex ni-hilo (c’est
fatiguant), Clear Channel (CC) préfère
«s’associer» à des structures locales
déjà performantes. Leurs arguments se comptent en
dollars et ils ne lésinent pas. Les cinq premiers achats ont
été Saarman, Make it Happen, Minerva, On the Rox et
Sound&Vision. C’est-à-dire les organisateurs de
quasiment tous les grands événements musicaux belges
: les festivals de Werchter, Pukkelpop, I Love
Techno,l’organisation des grands concerts dans le stade du
Roi-Baudoin à Bruxelles, dans les plus grandes salles belges
(Forest National de Bruxelles et Sportpaleis d’Anvers). Ils
vont même jusqu’à gérer les
carrières des «Star’académiciens»
belges !
Douleureuse hégémonie
Le statut de quasi monopole sur les grands événements
belges encourage très fortement les artistes à faire
appel à Clear Channel pour leur promotion, les grosses dates
étant assurées. Histoire de verrouiller encore un peu
plus le système, CC négocie avec certains artistes
l’exclusivité de leurs tournées belges.
C’est le cas de Metallica, Muse ou Carla Bruni. Jackpot : non
seulement les grosses salles affichent complet, mais CC
s’assure que l’inconditionnel belge ira au concert
même en payant le prix fort, puisque c’est pour lui la
seule opportunité de voir ses héros en live. Avec
l’arrivée de CC sur le marché belge en 2002, le
prix des places a augmenté d’environ 20 %. Encore plus
drôle, pour acheter en avant-première les billets de
spectacles organisés par nos Texans, il est indispensable de
passer par leur site Internet ou leur ligne
téléphonique surtaxée. Et là, surprise
! C’est cinq euros de frais administratif par ticket plus
quatre euros d’envoi par recommandé obligatoire. Si
l’on ajoute à cela les pressions exercées sur
les locations des salles pour obtenir des prix planchers (sinon, on
va voir ailleurs), on voit bien que leur conception artistique est
exclusivement numéraire, mais avec beaucoup de zéros
pour faire joli.
Business
Cette vision ultra mercantile du business a des effets dramatiques
sur la scène musicale belge. De nombreuses petites salles
ont déjà fermé ou sont sur le point de le
faire. CC ne s’y intéresse pas, puisque pour faire du
chiffre d’affaire, il faut un maximum de spectateurs. Or sans
petites salles pas de petits groupes, la création musicale
est donc réellement menacée. Dans un contexte
compliqué (deux, voire trois langues offi cielles dans des
régions aux forts antagonismes), les synergies sont diffi
ciles à mettre en place et il n’y a pas encore de
raisons pour lesquelles CC lâcherait du lest sur ces
stratégies éminemment rentables économiquement
mais assez minables sur le fond.
Issues de secours
Pourtant, la résistance s’active ! A Liège,
l’association Rockomotive gère les salles de
spectacles de la Soundstation et de l’Escalier. Depuis 2003,
elles assurent une programmation garantie 0 % CC, et ça
marche ! Les contacts sont pris directement avec les artistes ou
par l’intermédiaire de petites agences,
essentiellement flamandes. Et ici, les premières parties
sont toujours des locaux qui peuvent ainsi prendre leurs marques.
Si les locomotives habituelles n’y sont pas, les records
d’affluence tombent. En se marquant clairement en dehors du
système, ces salles se sont fait connaître et de
nombreuses personnes engagées ont pris l’habitude de
s’y rendre. La lutte passe aussi par le divertissement ! Il
faut bien s’en souvenir, la France n’est pas
loin…
P.S : Pour simple information, Clear Channel possède 1200 radios aux USA.
